HARD-ROCK MAGAZINE présente
AEROSMITH
DANS LE PLUS GRAND COME-BACK DE L' ANNÉE

"DONE WITH MIRROR"
avec
Steven Tyler (vocaux), Brad Whitford (guitares)
Tom Hamilton (basse), Joey Kramer (batterie)
et Joe Perry (guitares)

BANDE SONORE EN DOLBY LARSEN

Les mid-eighties sont en pleine effervescence !
Seraient-elles annonciatrices d' un certain
renouveau pour le rock futur ? Mais c' est qu' on se
croirait en pleine frénésie seventies, du temps où
les USA subissaient les attaques assourdissantes
et incessantes des combos "laminoirs" les plus
meurtriers, les plus tenaces et les plus kamikazes
de l' histoire du rock.
Après les reformations des anglais Deep Purple,
 celles de Blue Cheer, Mountain, après les (fausses)
 rumeurs concernant Led Zeppelin, voici venue la
 confirmation du retour d' Aerosmith. Et pas
 n'importe lequel...


Aerosmith, le monstre sacré américain, la légende tenace et teigneuse is back et, s'il vous plait, sous sa meilleure formation. la plus pure, la plus directe, la plus sauvage aussi.. L'originale !

FLASH-BACK DANS LA LEGENDE

New Hampshire 1969: The Barn, le combo composé d' illuminés cités plus haut venait de naitre.
1970: le groupe débarque à Boston, prend le nom d' "Aerosmith" et commence à écumer minutieusement tous les clubs de la région qui veulent bien l'accueillir.
1971: le groupe commence à avoir une sacrée réputation dans le coin et s' adjoint les services de Frank Connelly pour son management.
1972: pour son premier show new-yorkais, Aerosmith décroche la première partie de l'albinos Johnny Winter. Connolly laisse sa place au fameux duo Lerber-krebs, spécialisé dans le management des fous furieux comme les Dolls, puis Ted Nugent. Le groupe signe chez CBS et sort son premier disque, tout simplement intitulé "Aerosmith". Alors commence une cavalcade insensée, disques, tournées, de nouveau disques, tournées ; les cinq foncent tête baissée et électrifient les scènes de tous les Etats-Unis en assenant leur rock violent sur des riffs et des vocaux exacerbés et viscéraux. Les albums sont des chefs-d'œuvre d' énergie et d'authenticités. Pas de fioriture, aucune concession, on ny trouve que la hargne, la maturité et un savoir-faire impressionnant.
La scène est le point de mire du groupe. Le charisme de Joe Perry et de Steven Tyler est inoubliable, éternel, magique. Le groupe est à son apogée en 1976, après le chef-d'œuvre que tout fan de rock, qu' il soit hard, heavy ou autre, se doit de posséder : "Rocks".
Mais la flamme se consume trop vite, beaucoup trop vite. La vie infernale des musiciens, et leur succès assourdissant (80 000 personnes en moyenne à chaque concert) les emprisonne dans une aura impénétrable, et de sérieuses distorsions commencent à saper les fondations fragiles du géant. Aerosmith va alors alterner le meilleur, "Live Bootleg", et le pire, "Draw The Line" pour finalement provoquer le départ de Joe Perry, pendant l'enregistrement de « Night In The Ruts".

LA GRANDE DÉBANDADE

Le split d'Aerosmith n'a jamais été annoncé officiellement, mais les départs de Joe Perry et Brad Whitford ont porté au groupe un coup dont il n' a pu se relever. L' apport de Jimmy Crespo n' a fait qu' enfoncer un peu plus le groupe. notamment avec l' album "Rock in a hard place", qui est passé pratiquement inaperçu. Les voilà donc de nouveau tous ensemble, ces cinq garnements ! Et ils sont venus réclamer leur dû. Avec un tout nouvel album à l' appui, un album sauvage et brut comme eux seuls savent en faire. Nous avons demandé à Brad Whitford de nous parler d' Aerosmith le multi platine, et de l' autre, le flambant neuf, celui qui va distribuer quelques giffle...



HARD-ROCK MAGAZINE: Selon toi, quelles ont été les raisons d' une telle débandade ?
BRAD WHITFORD: Oh, il y avait de très mauvaises vibrations entre les musiciens. Nous étions tous constamment sous pression, pendant trop longtemps. Cela aurait pu être éviteé si nous n' avions pas sorti des albums et fait des tournées à la chaine. Il aurait fallu avoir le temps de s' arrêter, de réfléchir. Mais, à ce moment-là on fonçait sans rien comprendre; tu sais, on avait trop galèré au début du groupe et le succès nous est tombé dessus d' un seul coup. Un peu comme les Dolls, too much, too soon.

HR: Pourquoi avez-vous décidé de continuer sans Joe ?
BW: Lorsque Joe est partie en 79, tout le monde était consterné. Mais on ne pouvait par arrêter comme ça. On a donc décidé avec Steve de prendre un nouveau guitariste. Tout le monde me regardait, car j' étais le deuxième guitariste d' Aerosmith et j' avais l' entière responsabilité du choix du petit nouveau. J' en ai auditionné un bon paquet avant de tomber sur Jimmy, qui, lui a tout de suite semblé coller au groupe. Et il était prêt à bosser très dur. Mais au bout d' un an, on avait toujours pas complété le nouvel album, la situation n'évoluait pas et j' en ai eu marre. C' est pourquoi j' ai moi aussi quitté le groupe.

HR: Tu as alors entrepris comme Joe une carrière solo...
BW: Oui j' ai enregistré un album avec Derek St Holmes, l' ancien chanteur de Ted Nugent, mais cela n' a pas eu le succès escompté, autrement j' aurais peut-être continué avec lui.
En parallèle, j' ai joué de nombreuses fois avec Joe et son Joe Perry Project. J' ai toujours entretenu de bonnes relations avec lui.

HR: Que pensiez-vous tous les deux de Jimmy Crespo ?
BW: Oh, quand il est parti, Joe se moquait éperdument de l' avenir d' Aerosmith et de son éventuel remplaçant. Lui et moi avons le même avis : Jimmy Crespo est un guitariste brillant, mais qui n' a jamais eu la magie de Joe. Il n' a pas eu le temps d' apporter quoi que ce soit au groupe, et il n' en était pas capable à ce moment-là. Il supportait un trop grand poids sur ses épaules... Ne remplace pas la légende Joe Perry qui veut.

UNE REUNION INELUCTABLE

HR: Pourquoi avez-vous décidé de vous réunir à nouveau ?
BW: En ce qui me concerne, c' était une évidence. Il fallait que je revienne, c' était inéluctable. Nous nous sommes toujours sentis dépendants les uns des autres même si, de temps en temps, Steve et Joe se lançaient des fions par magazines interposés. Aerosmith est une grande famille. Depuis la débandade, nous avons eu le temps de réfléchir aux erreurs passées, nous connaissons toutes les ficelles du business, ses lois, nous sommes donc prêts à prendre en main notre carrière.

HR: Comment s'est passée la rencontre ?
BW: Il y a un an et demi. nous nous sommes retrouvés dans la même chambre, ce qui n' était pas arrivé depuis plus de quatre ans. On s' est regardés les uns les autres comme si on ne s' était pas quittés, et on s' est mis à répéter comme des fous. On rigolait, on reparlait de nos débuts, du temps où l'on ne se nourrissait que de sandwiches à la confiture, matin, midi et soir

HR: Ne crois-tu pas qu' avec les nouvelles pressions qui s'annoncent (tournées, disques), de nouvelles mésententes puissent s 'installer au sein du groupe ? Vous avez tous des égo à défendre.
BW: Bien sûr, mais nous sommes maintenant beaucoup plus aptes à nous contrôler. Et surtout, nous sommes très excités et très fiers de notre nouvel album. Nous allons prouver qu'Aerosmith est encore capable du meilleur, et nous n'allons pas laisser détruire ce nouveau départ par des broutilles.



FUCKIN'GOOD HARD-ROCK'N ROLL

HR: Parle-moi de ce nouvel album...
BW: Sincèrement, c'est le meilleur que l'on ait jamais fait. Nous avons composé les morceaux comme nous avions L' habitude de le faire, à la mode des seventies : on est entrés dans une pièce, on s' y est enfermés avec nos instruments et on a cherché des plans tous ensemble. Ensuite, on est entrés en studio avec Ted Templeman et là,  c' était la folie. Au fur et à mesure que nous enregistrions, nous trouvions de nouveaux morceaux. Un rythme infernal. Nous n'avons jamais eu autant de choix pour un seul album. Plus de vingt compos pour neufs titres figurant sur l'album. On a gardé le meilleur, yeah !

HR: Sont-ils dans la même veine que « Rocks ou « Toys in The Attic » ?
BW: Complètement. Il y a des morceaux un peu comme "Walk This Way" Il y a une ballade, "Darkness", mais elle ne figurera que sur le compact-disc et la cassette. Nous n'avons utilisé aucun gadget, ni synthétiseur, c'est de l'  excellent Aero, du fuckin' good hard-rock 'n roll ! Et on a un son d'enfer. Un son live, droit, direct. Un carton.

HR: Que penses-tu des gimmicks utilisés par de nombreux groupes ?
BW: Ce n'est pas notre truc. Notre rock'n roll circus à nous est uniquement basé sur la musique. Nous voulons la conserver en temps gue point focus du show d'Aero. Bien sur, on aime avoir un bon light show, mais avec nous le public n' y fera même pas attention. Aero sur scène, c'est deux heures de carton.

HR: Allez-vous jouer beaucoup d'anciens morceaux sur scène ?
BW: Oui. bien sûr. D'abord parce que nous sommes toujours aussi excités en les jouant, mais aussi parce que le public aura plaisir à les entendre. On Jouera donc, entre autres, "Sweet Emotion", "Dream On", " Walkin' This Way".

HR: Pourquoi avez-vous inclus un morceau de Joe Perry Project sur le nouvel album ?
BW: Joe travaillait sur "Let Music Do The talkin'" avant de quitter le groupe en 79. Il l'a ensuite placée sur son album solo et, à l'époque, on l'avait trouvée super mais pas assez développée. Lorsque nous nous sommes réunis pour la reformation, nous l'avons jouée et cela sonnait tellement bien que Joe a été le premier à proposer de l'inclure sur le nouvel album. Steve en a réécrit les lyrics.
Le titre de l'album est « Done With Mirrors.

HR: A-t-il une signification particulière ?
BW: Oui. c' est une vanne pour tous ceux qui se marraient lorsqu'on a annoncé la re-formation du groupe. Ils pensaient que nous étions fous de recommencer, d'entreprendre une tournée sans avoir fait de nouvel album et sans avoir shooté une vidéo. En gros, cela veut dire : "L'album, on le fait quand on veut et sans votre avis".

HR: Cette tournée, vous l'avez faite dans des salles de quelle capacité ?
BW: Entre 10000 et 12000 personnes : Je précise que la plupart des concerts étaient sold-out tout au long de cette tournée, qui a duré deux mois.

HR: Avez-vous l'intention de tourner une vidéo ?
BW: On la tourne à Boston dans deux semaines !

HR: Que penses-tu de l' importance des vidéos dans le business ? A vos débuts, elle n'était pas aussi développée que maintenant...
BW: C'est vrai, l'image prend désormais le pas sur le son et, personnellement, je n'aime pas trop cela, mais je sais que c'est une part importante de l'industrie musicale et l'on doit y prêter attention. Je suis tout de même un peu effrayé du pouvoir d'une chaine telle que MTV. Elle peut faire vendre des milliers d'albums ou condamner un groupe pour l'éternité.



UNE MENACE DE DEEP PURPLE

HR: Il y a eu des festivals très importants cet été aux USA. Y avez-vous participé ?
BW: Oui, on en a fait quelques-uns. Mais on devait surtout jouer au "Texas Jam" et on n'a pas pu. Deep Purple était à l'affiche et nous a menacés de se retirer si on jouait là-bas...

HR: Je vous considère plus comme un bon groupe de rock 'n roll, mais beaucoup de gens vous classent dans le hard-rock. Qu 'en pensez-vous ?
BW: C'est un peu la folie, il y a tant de classifications maintenant. Cela ne nous dérange pas, il y a de la place pour tout le monde, aussi bien pour Iron Maiden que Van Halen. Ce que je crois, c'est que les gens finiront par se lasser de toutes ces classifications et, dans cinquante ans, ils écouteront encore du rock 'n roll.
J' ai des influences rock 'n roll (Jimi Hendrix. Led Zep, Cream, Jeff Beck, etc.) et je ne vis que pour le rock 'n roll. J' espère d'ailleurs que les gens ne voient pas la reformation d'Aerosmith en tant que moyen de se faire blé rapidement. Cette reformation, cela fait un moment qu'on l'attendait, qu'on la souhaitait, chacun de notre côté. C 'était un secret qu'on ne voulait pas dévoiler.
Maintenant, c' est fait, et pour un bout de temps.

HR: Quand aurons-nous l' honneur de vous voir sur scène ?
BW: Il est possible que nous venions jouer en Europe au printemps, mais rien n'est encore sûr. Nous devons d'abord tourner aux Etats-Unis dès le début de l'année 86, et ensuite au Japon.

HR: Ouel est ton meilleur souvenir européen ?
BW: Paris.   

Nelly SAUPIQUET


* Texte Nelly Saupiquet
* Photos/ images prisent sur internet. Si les auteurs ne m' autorisent pas à diffuser ces photos, qu' ils me contactent, je les supprimerais.
Interview diffusé dans HardRock magazine n°16 paru au mois de décembre 1985