La verte Erin est un bel écrin qui ne sied pas à la pacotille. Peu de perles mais quel éclats !

Parmi elles, Gary Moore, "loser" des débuts, et maintenant reconnu comme l' un des meilleurs guitaristes du moment...

Gary Moore s' est surtout fait remarquer du public au sein du "fameux" Thin Lizzy, avec Phil Lynott, sur les albums "Nightlife" (1974) et "Black Rose (1979), dans lequel on retrouve trois de ses compositions cosignées avec l' Irlandais métis. Mais déjà, dés 1970, on retrouve la "griffe" de cet Irlandais éclectique dans des formations aussi différentes que Skid Row, Colosseum II et G.Force. En 1981, il collabore au premier LP de... Greg Lake (!), et compose le classique "Nuclear Attack", dont il nous donnera par la suite de nouvelles versions. Ce n' est vraiment qu' en 1982, avec l' album "Corridors of Power", que Gary Moore s' affirme sous son propre nom comme un des guitaristes les plus doués de sa génération, et nous offre un hard mélodique, teinté de FM. Ce "guitar-hero" des temps modernes s' est forgé une solide réputation au Japon et en Europe : en France, sa prestation en avait surpris plus d' un au festivale du Bourget, l' année dernière. HARD-ROCK MAGAZINE a profité d' un des ses concerts à l' Hammersmith Odeon pour s' envoler pour la perfide Albion : ce soir-là, Maître Gary et sa guitare ont fait vibrer les coeurs !

Nous eûmes droit, entre autres, à la plupart des titres de son derniet LP, "Run For Cover", avec une émouvante version d' "Empty room" ; nous eûmes aussi - ô joie tant espérée - le plasier de voir mister Phil Lynott, basse en bandouière, monter sur scène pour chanter "Out in the fields" et "Parisian walkways".
Après ce concert bourré de feeling et d' émotion, HARD-ROCK MAGAZINE a pu se faufiler dans la loge de ce guitariste si réservé, qui n' a pas fini de faire parler de lui !





DEUX DECENNIES DE GUITARE


HARD-ROCK : Tu viens d' entamer une grande tournée...
GARY MOORE : Oui, depuis le 14 septembre, nous tournons en Angleterre, puis nous partons pour plusieurs dates au Japon (Gary y est classé n°1 en tant que guitariste !), et nous finirons par l' Europe et le Scandinavie : nous serons le 14 novembre à Paris. Si les vents de "Run For Cover" marchent aux States, nous partirons là-bas, car je n' y suis pas encore très populaire.

HARD-ROCK : Quels sont les musiciens qui t' accompagnent actuellement sur scène ?
GARY MOORE : Il y a Neil Carter (ex-UFO et Wild Horses) aux claviers, à la guitare et aux 'Backing vocals', Bob Daisley (ex-Rainbow et Ozzy Osbourne) à la basse, et Gary Freguson à la batterie.

HARD-ROCK : Tu joues de la guitare depuis l' âge de onze ans (Gary en a trente et un !) : quels sont les guitaristes qui t' ont influencé ?
GARY MOORE : Mon adolescence a été bercée par le blues des 60's : des gens comme Jeff Beck, Jimi Hendrix, Eric Clapton et Peter Green m' ont beaucoup influencé. Actuellement, j' aime bien Pat Thrall et Neal Schon (Journey).

HARD-ROCK : Ce soir, Phil Lynott est monté sur scène ; penses-tu collaborer avec lui dans l' avenir après le succès de votre maxi-single "Out In The Fields" ?
GARY MOORE : Sans doute, si j' arrive à écrire des titres aussi forts que celui-ci. Phil est quelqu' un que je respecte beaucoup comme musiciens et compositeur, mais ce n' est pas vraiment un ami.

HARD-ROCK : Pourquoi avoir remis "Out In The Fields", "Military man" et "Empty Rooms" sur ton nouvel album ?
GARY MOORE : Lorsque tu fais un album, il faut penser à l' espect commercial : il aurait été stupide de ne pas inclure ces deux premiers titres, qui ont été des hit-singles. Je suis quand même là pour vendre mes albums. Quant à "Empty Rooms", c' est une nouvelle version.

HARD-ROCK : Quels sont les musiciens avec lesquels tu as aimé travailler ?
GARY MOORE : Avant tout, ceux de ma formation actuelle : mais des musiciens tels que Ian Paice, Simon Philips ou Jack Bruce, qui sont de grands instrumentistes, m' ont apporté énormément.





GLENN HUGHES EST UN IDIOT


HARD-ROCK : J' ai lu que tu avais eu quelques petits problèmes avec Glenn Hughes...
GARY MOORE : Non, c' est lui qui a des problèmes : c' est un idiot. Il veut être une star, mais ne sais pas comment s' y prendre ! Il faudrait qu' il mûrisse. Dans le groupe, il voulait jouer de la basse, de la guitare, de la batterie et chanter ! (ricanements de Gary...).

HARD-ROCK : Donc, dans l' avenir, tu vas continuer à chanter seul toutes tes compositions...
GARY MOORE : Pour l' instant, c' est la meilleure solution pour moi. Il est très dur de trouver un chanteur pour un groupe comme le mien, où la guitare prédomine. Cela durera tant que je n' aurai pas trouvé l' 'oiseau rare' qui sera à l' aise dans cette situation !

HARD-ROCK : As-tu une idée du producteur avec lequel tu aimerais travailler pour ton prochain LP ?
GARY MOORE : Si cela était possible, j' aimerais travailler avec Keith Forsey, le producteur de Billy Idol : il sait forger un très bon son qui lui est propre. Autrement, je retravaillerai sans doute avec Peter Collins, qui a produit "Empty Rooms" et "Out In The Fields" sur "Run For Cover".

JE N' ECOUTE QUE DES ALBUMS BIEN PRODUITS

HARD-ROCK : En 85, qu' écoutes-tu comme genre de musique ?
GARY MOORE : Je n' écoute que des albums bien produits ! J' adore Billy Idol, qui a une écriture musicale très moderne et des chansons heavy très fortes. L' album de Sting m' a aussi beaucoup plu.

HARD-ROCK : Que penses-tu de groupes tels que WASP ou Mötley Crue, qui sont à l' opposé de ton image ?
GARY MOORE : J' aime bien Mötley, dont je connais personnellement les musiciens : ils ont aussi un très bon batteur. Dans le genre, ils sont très bien !

HARD-ROCK : Parle-le moi un peu des autres musiciens irlandais...
GARY MOORE : Les Mama's Boys sont très bons, et seront les 'guest' de ma tournée européenne. Quant à Rory Gallagher, il n' a pas du tout le succès mérité. Il n' est pas du tout 'business', ne veut faire ni vidéos, ni singles : c' est son choix, et cela est tout à fait respectable.

HARD-ROCK : Ce n' est pas trop dur d' être considéré comme un 'guitar-hero' ?
GARY MOORE : Tu sais, j' essaie simplement de donner le meilleur de moi-même sur la scène pour que les kids ne soient pas déçus, et en aient pour leur argent !

HARD-ROCK : Pour toi, quelles sont les principales qualités d' un bon guitariste ?
GARY MOORE : Il doit être émotionnel et jouer avec ses tripes : il doit faire remuer le public ou le faire pleurer, la technique vient après. Si tu es simplement intéressé par la technique, tu joues de la musique classique !




* Texte et photos de Georges Amann
Interview diffusé dans HardRock magazine n°15 paru au mois de novembre 1985