Témoignage d' une fabuleuse tournée de 200 dates devant plus de deux millions de spectateurs à travers le monde, le double live tant attendu de Scorpions sort enfin le 31 mai. Plus qu' un événement, c' est la véritable consécration d' un géant du hard au somment de sa forme et de son talent.

Il y a déjà trois mois que la gigantesque tournée mondiale de Scorpions est achevée. Après avoir parcouru près de 70 000 km, fait plus de 200 shows devant une audience de 2 100 000 personnes, il semblait normal qu' ils se retirent pour un repos bien mérité dans leurs terres germaniques de Hanovre.
Et pourtant, cela ne devait pas être en accord avec leur lourd emploi du temps, puisqu' ils viennent seulement de marquer ce temps d' arrêt. Inutile de vous cacher plus longtemps la raison de ce retard. A l' abri de tout regard curieux et inquisiteur, le groupe était tout simplement enfermé dans un studio, s'appliquant à peaufiner un nouveau produit garanti 100% venin. Le tant attendu double album live. Arriver à transposer sur disque la valeur scénique d' un tel groupe est un pari difficile, mais il semble pourtant l'avoir gagné. Il le fallait, car cet album re résente la consécration d' un groupe déjà âgé de plus de dix ans, et surtout le témoignage d' une tournée éblouissante.



"SCORPIONS EST AVANT TOUT UN LIVE-BAND"

HARD-ROCK : Vous venez de mettre les dernières touches à ce double album live. Est-il dans la même veine que le fameux "Tokyo Tapes" ?
SCORPIONS : En quelque sorte, oui, puisque pour "Tokyo Tapes" nous avions choisi les morceaux de bravoure des derniers albums, et nous réitérons ce choix avec ce double live.

HARD-ROCK : Que représente la sortie de ce double live dans la carrière de Scorpions ?
SCORPIONS : Notre premier album live, "Tokyo Tapes", représentait une étape de notre carrière. c'était l' époque de nos premiers gros succès. Ce deuxième live est une autre étape, dans un succès déjà plus affirmé. En plus, cela fait maintenant plusieurs années que le line-up ne change pas, et cet album en est une sorte de témoignage.
HARD-ROCK: Comment vous est venue l' idée de faire cet album live ?
SCORPIONS : En fait, nous avons tous senti que le moment était venu pour le faire. Il y a des moments dans la vie où il faut se laisser guider par son  intuition et ses penchants. En plus, le public nous le réclamait depuis longtemps... Nous nous sommes fait un grand plaisir, mais le  public sera certainement lui aussi très heureux.

HARD-ROCK : L 'élaboration de cet album a dû vous remémorer beaucoup de souvenirs...
SCORPIONS : Oui, nous avons été très contents de réécouter les bandes et chacune d' entre elles nous rappelait une anecdote, sur scène ou en backstage, une réaction particulière du public, des fans. Cela a été très difficile de sélectionner les bandes. il y en avait tellement...
HARD-ROCK : Etes-vous satisfaits du résultat ?
SCORPIONS : Oui, beaucoup. Nous pensons que ces versions live sont bien meilleures que les versions studio. De toute façon, Scorpions est avant tout un live band : la scène est très importante pour nous, nous l'avons prouvé en tournant intensivement, mais aussi en faisant cet album. II y a, dans ce live, tout le meilleur de Scorpions, c'est en fait le groupe poussé à son maximum.



"HOLIDAYS" A ÉTÉ ENREGISTRÉ A PARIS

HARD-ROCK: Dieter Dierks en est-il le producteur ?
SCORPIONS : Oui, c' est lui qui était encore une fois derrière les consoles. Nous avons l'habitude de travailler avec lui, notre association est de longue date, depuis 1975, et nous n'avons jamais eu de problèmes. Je ne vois pas pourquoi nous nous séparerions de lui.

HARD-ROCK : Où l'album a-t-il été enregistré ?
SCORPIONS : Eh bien, nous avons sélectionné les meilleures bandes de chaque concert, notamment San Diego, Costa Mesa, Los Angeles, Cologne..
HARD-ROCK : Avez-vous tenu à inclure des bandes du concert du 29 février à Paris-Bercy ?
SCORPIONS : Oui, absolument. Ce concert est un de nos meilleurs souvenirs. Nous avons été très touchés par l' accueil du public français, et très honorés d'inaugurer cette belle salle. Nous avons donc décidé d' inclure un moment de ce fabuleux concert, et c'est la version de "Holiday" qui a été retenue. Sur ce titre, toute la salle chante avec nous en chœur. c'est très émouvant. Les Français sont parmi les meilleurs chanteurs de la planète (rires)!...
HARD-ROCK : Vous l'avez dit, Scorpions est essentiellement un live band et, pourtant, vous passez beaucoup de temps en studio...
SCORPIONS : Oui, bien sûr, car tous les aspects de la vie et du travail d'un groupe nous plaisent, et le studio en est une facette intéressante. C'est là que tout se passe au niveau de la création des sons, de la composition des morceaux, et c' est toujours très excitant de se retrouver tous ensemble. Chaque entrée en studio est, pour ainsi dire, un départ pour une nouvelle aventure. Mais nous préférons tout de même la route.



"NOUS SOMMES RESTÉS TRÈS PROCHE DE NOTRE PUBLIC"

HARD-ROCK : Oui, mais n'est-ce pas quelquefois ennuyeux d'être sur la route aussi longtemps ?
SCORPIONS : Jusqu'à présent, cela ne l'a jamais été. Les trop longues heures de studio sont quelquefois assez pénibles, mais, en tournée, la vie est beaucoup trop excitante. De toute façon, On n'a même pas le temps de penser que le mot ennui existe. Bien sûr, il y a un aspect répétitif, mais c'est justement ce qui donne le piquant d' une tournée. Tu ne cesses pas d'enrichir ta culture, par exemple, en rencontrant des tas de gens différents ou en voyageant de ville en ville. Et le peu de désagrément est largement compensé par la fantastique émotion que tu ressens lorsque tu es sur scène et que tu regardes le public.
HARD-ROCK : Vous jouez dans des salles de plus en plus importantes. Ne pensez-vous pas que cela peut vous faire perdre un certain contact avec le public ?
SCORPIONS : Pas vraiment, non, car nous sommes restés très proches de lui, à tous points de vue. Nous ne vivons pas d' une manière extraordinaire, et nous ne pensons pas être particulièrement extravagants. Sur scène, nous essayons de nous approcher le plus possible du public, par exemple, en communiquant  fréquemment avec lui, en le faisant chanter avec nous, en touchant même à nos risques et périls la main des fans du premier rang. Nous ne sommes pas non plus avares d' autographes et de discussions. Il nous arrive même de jouer avec des petits clubs comme récemment, aux Etats-Unis.
On avait pourtant essayé d' arriver incognito,  mais des gens nous ont reconnus quand même, et ils ont voulu que nous fassions un petit concert.
Ils nous ont prêté tout leur matériel et hop ! on a joué "The Zoo" et quelques autres morceaux devant quatre-vingts personnes. En fin de compte, on fait la même chose partout, que ce soit devant  quatre-vingts ou vingt mille personnes. Ce ne serait pas juste envers notre public de jouer dans des petites salles car il n'y aurait jamais assez de place pour tout le monde. Et la mauvaise voie, c'est lorsque le côté visuel du show dépasse la musique en elle même. Le plus important pour nous, c'est l'énergie que dégage le groupe sur scène et le contact avec le public. Nous allons essayer de conserver cela dans le futur.



TRIOMPHE AUX USA !

HARD-ROCK : Vous parliez tout à l' heure de la réaction du public, est-elle la même partout ?
SCORPIONS : Dans une certaine mesure, oui, puisque dans chaque ville nous avons eu du succès. II y a eu 169 shows sold-out sur les 203 que nous avons faits. A Chicago, les tickets de la première date ont été vendus en six heures.
On n'arrivait pas à y croire, étant donné que c'était la première fois que l'on tournait en tète d' affiche aux Etats-Unis.
Au niveau du feeling, c'est le même partout à la base. Mais on ne peut pas vraiment dire que la réaction soit la même partout, car les mentalités sont très différentes d'un pays à l'autre. Le public américain nous apprécie autant qu'un groupe Comme Duran Duran. La musique est vraiment quelque chose de fantastique, car elle est le melting-pot de toutes les cultures. Les gens qui aiment la musique le montrent seulement chacun à leur manière. HARD-ROCK : Quelle a été la différence entre l'US festival et "Rock in Rio" ?
SCORPIONS : Le festival de Rio était en fait une mixture de toutes sortes de musiques, le public n'était donc pas trop saturé de hard-rock. Nous n'avions jamais joué là bas auparavant, la réaction du public a été tout simplement stupéfiante. Aux États-Unis, les gens nous connaissaient déjà.



UN DOCUMENTAIRE SUR LA TOURNEE MONDIALE

HARD-ROCK : Avez-vous utilisé des bandes de Rio pour l' album live ?
SCORPIONS : Non, nous n'avons pas jugé bon de le faire dans la mesure où nous avions déjà assez de bandes de nos précédents concerts. Le show a tout de même été enregistré et filmé, et il devrait être programmé sur les télévisions européennes : il est d'ailleurs en train de passer en Allemagne.
HARD-ROCK : Je crois qu'un film sur toute la tournée a aussi été tourné ?
SCORPIONS : Oui, c'est exact, mais ce film ne devrait pas passer dans les cinémas, cela dépendra en fait des pays, Nous avons Juste demandé à quelqu'un de faire une sorte de documentaire sur notre tournée, rien de plus. Il y a des séquences du groupe sur scène, sur la route et même en back-Stage. Ce sera plutôt une vidéo pour la télévision, il n'a rien à voir avec, par exemple, "Purple Rain".
HARD-ROCK : J' aimerais demander à Herman ce qu'il en est de son album solo "Having A Good Time" 
HERMAN RAREBELL : Eh bien, comme tu le sais, c'est un ré-enregistrement de l'album "A Nip In The Bud" paru en 1982. J' ai seulement voulu me faire un  petit plaisir, une sorte de jam avec tous mes copains musiciens. Je ne suis donc pas trop pressé, et rien n'est encore sûr au niveau de la date de sortie. Et de toute façon, Scorpions passe avant tout le reste.



HARD-ROCK : Et le double live, quand sort-il ?
SCORPIONS : Le 31 mai.
HARD-ROCK : Avez-vous des projets de concerts ?
SCORPIONS : Non, pas dans l'immédiat. Nous voulons surtout nous reposer un peu, avoir enfin le temps de revoir nos amis. Mais si des gens intéressants viennent nous demander de jouer, nous étudierons attentivement la question.
HARD-ROCK : Un dernier mot pour vos fans français ?
SCORPIONS : (En chœur) : STILL LOVING YOU !




Voilà un bien beau témoignage de sympathie et de reconnaissance envers le public français, qui, comme ils l'avouent eux-mêmes, a été le premier à reconnaitre en Scorpions un groupe de pointure internationale. Avec ce "Worldwide Live" le public avisé devrait, lui aussi, pouvoir se remémorer les fantastiques concerts de nos bébètes favorites. pour les profanes, ce sera la bonne occasion de découvrir le Scorpions de ces quatre dernières années, au meilleur de sa forme. Car c'est bien un 'must' dont il est question, et, à l'écoute des pièces de choix que sont "Big City Nights", "Can't Live Without You", version live, une remarque vient aussitôt à l'esprit : Pour tous les autres groupes qui nous ont promis un live cette année (notamment Kiss, Judas Priest et Iron Maidcn), le travail devra être particulièrement soigné, car il sera très difficile d'égaler Scorpions sur ce terrain.

Nelly SAUPIQUET


* Texte Nelly Saupiquet
* Photos/ images prisent sur internet. Si les auteurs ne m' autorisent pas à diffuser ces photos, qu' ils me contactent, je les supprimerais.
Interview diffusé dans HardRock magazine n°10 paru au mois de juin 1985