Les stakhanovistes du boogie-rock anglais - Status Quo pour ne point les nommer - après 22 années de bons et loyaux services sur les scènes du monde entier, entament leur dernière tournée européenne d'adieu. Le groupe était en ville, et HARD-MAGAZINE en a profité pour épingler Alan Lancaster, bassiste, co-fondateur du Quo avec Francis Rossi, juste avant qu'il ne monte avec ses acolytes sur la scène du Zénith.

UNE TOURNÉE D' ADIEU DE 4 MOIS

HARD-MAGAZINE: Parle-nous de cette tournée d' adieu à la scène.
ALAN LANCASTER: Nous l' avons débutée mi-avril et nous avons déjà joué en Hollande, en Allemagne et dans les pays scandinaves. Ca se passe vraiment bien : beaucoup de monde à chaque concert, ambiance survoltée, nos fans d' hier reviennent aujourd'hui avec leurs enfants. J' espère que cela va durer jusqu' à Londres où nous finirons notre tournée fin juillet. En France, nous en donnons que très peu de concerts. Je crois que le public français nous a un peu oublié depuis notre dernier passage à Paris il y a quatre ans.
Je viens de jeter un coup d' œil à la salle ce soir : elle est loin d' être remplie, il va
falloir en mettre un sacré coup, on va bosser plus dur.

HARD-MAGAZINE: Vraiment, nous ne verrons jamais plus Status Quo sur scène?
ALAN LANCASTER: Non, nous avons donné tant de concerts, parcouru le monde entier depuis 15 ans, nous avons toujours été au devant du public, joué dans des clubs, des petites villes de province, nous ne nous sentons nullement coupable de cesser toute activité 'live'. Je crois que nous pourrions être encore meilleurs dans quelques années, mais cela nous prendrait trop d'énergie et nous voulons la garder pour nos enregistrements futurs car Status Quo n'est pas mort.

Nous connaissons bien le 'cirque' des tournées, nous savons aussi que nous sommes bien meilleurs 'live' qu' en studio. La critique nous a souvent reproché l' aspect trop 'brut' de nos disques, maintenant nous allons concentrer notre travail exclusivement sur les albums à venir.
Une autre raison nous pousse à arrêter : nous approchons de la quarantaine et nous avons chacun une famille à aimer qui nous rend très heureux. Bien sûr, nous pouvons les emmener avec nous en tournée, mais cette vie de dingue peut endommager le cercle familial. Cela, aucun de nous ne le souhaite. Nous sommes tristes d' arrêter la scène, mais pas plus qu' après chaque tournée.



'EN ANGLETERRE, STATUS QUO EST UNE INSTITUTION'

HARD-MAGAZINE: Comment peux-tu expliquer le succès de Status Quo depuis tant d'années ?
ALAN LANCASTER: Je ne peux vraiment pas l'expliquer de la même façon pour l' Europe et pour la Grande-Bretagne. Ici, nous avons joué dans tous les endroits où c' était possible. Le public a appris à nous connaître et à nous apprécier, il a vu que nous n' étions pas des 'crazy' stars mais que nous faisions notre boulot à fond pour leur donner un maximum de bon temps.
Dans la vie courante, nous avons des points de vue et de caractères très différents, mais quand nous jouons, nous sommes très proches les uns des autres et allons dans la même direction.
En Angleterre, Status Quo est une tradition, une institution, nos fans sont très fidèles, ils ne manquent jamais un de nos concerts et parfois font 100 à 200 km pour nous voir.



HARD-MAGAZINE: Vous n' avez jamais succombé aux modes et elles ne vous ont jamais enterrés ?
ALAN LANCASTER: Non, dès le début, le Quo a annoncé la couleur : direct, sans fioritures. Nous n' avons pas trahi notre public en changeant de look ou de musique, au fil des ans nous avons progressé en traversant toutes les modes, mais sans les suivre : cela explique en partie notre longévités. Ça nous intéresse pas d' être maquillés ou d' avoir un show rempli d' effets spéciaux : le principal est la musique que nous faisons et le fun que nous procurons au public qui nous le rend bien; tout le reste n' est qu' artifice.





"NOTRE SECRET ? C' EST L' ÉNERGIE !"


HARD-MAGAZINE: Malgré une structure musicale assez limitée, Status Quo est le seul groupe à être chaque année, et depuis 1973 dans le top 20. Quel est le secret ?
ALAN LANCASTER: C' est l' énergie : sans celle-ci, la "rock music" n' existe pas. Beaucoup de musiciens jugent notre musique très simple, je le reconnais volontiers, mais... elle est très difficile à jouer car elle demande une très grande complicité au sein du groupe et surtout un très gros apport d' énergie physique. N' importe quel musicien peut, en le bossant sérieusement, jouer un morceau compliqué, mais il sera tellement absorbé à ne pas faire d' erreur qu' il en perdra presque tout son potentiel d' énergie physique. A l' inverse, nous faisons dans la simplicité pour qu' elle rejaillisse sur notre public.



HARD-MAGAZINE: Avez-vous une dernière tournée prévue aux States ?
ALAN LANCASTER: Non. Nous avons quelques problèmes avec les USA : les années précédentes, nous invitions des groupes américains pour faire nos premières parties européennes et anglaises, et là-bas nous tournions en première partie de musiciens US tels Sammy Haggar, J. Geils Band, Aerosmith ou ZZ Top. Mais nos prestations scéniques étaient si fortes et dégageaient une telle énergie que le public était K.O pour le groupe vedette, comme si le concert était fini.
 C' est étrange à dire, mais en tant que "support-band" nous étions trop "bons", et nous volions le show aux stars US. Je ne veux pas dire "bon" dans le sens  technique, mais pour les rapports et l'énergie qui s'échangeaient avec le public. Les groupes américains ne veulent donc plus de nous en première partie. Il nous faudrait tourner dans de petits clubs pendant un an, cela il n'en est pas question. De plus, nous y-perdrions de l'argent.





L'AVENIR DE QUO : DES ALBUMS PLUS ÉLABORÉS ET DES PROJETS SOLOS

HARD-MAGAZINE: Quels genres de musiques écoutes-tu ?
ALAN LANCASTER: J'aime beaucoup le soft-rock, Culture Club, Bob Seger, les premiers albums de ZZ Top... Quant à la musique actuelle, je la trouve noyée par les productions trop léchées.

HARD-MAGAZINE: Comment envisages-tu l'avenir pour Status Quo ?
ALAN LANCASTER: Après cette tournée, nous allons prendre un peu de repos en famille, puis nous penserons sérieusement au futur album du groupe. C' est une nouvelle phase pour le Quo et je suis confiant dans l' avenir. Nous devons sauter le pas et réussir des albums mieux élaborés, moins bruts, pour vendre assez d'albums sans les promouvoir par des tournées.
Francis (Rossi), Rick (Parfitt) et moi-même envisageons des album en solo, mais ce n' est pas pour tout de  suite. Status Quo n'est pas mort, et les membres  s'entendent bien  'socialement',  mais il ne faut discuter ni business, ni musique.




En tout cas, côté feeling, le show qui suivit en était bourré. Il nous faudra attendre la fin de l' année pour écouter une nouvelle galette de Status Quo et voir s'ils ont gagné leur pari. Pour l' instant, courrez mettre "Rock'in All Over The World" sur votre platine, pour balayer votre spleen.

Georges Amann

* Texte et photos Georges Amann
Interview diffusé dans HardRock magazine n°1 paru au mois de septembre 1984